dimanche 29 avril 2012

Degas sculpteur : la révélation de "Degas et le nu"

En ce moment se tient au Musée d'Orsay une exposition sur le peintre impressionniste français qu'est Edgar de Gas (qui changea par la suite son nom pour un Degas plus sobre et moins aristocratique). Si Degas est surtout connu pour ses toiles représentant des scènes de ballets ou des chevaux, cette exposition nous propose de découvrir une autre facette (complémentaire des deux autres, en réalité) : celle des nus peints par Degas. La petite exploration proposée par le musée nous montre un monde dans lequel le rapport de Degas avec les femmes reste un grand questionnement.

La désacralisation des femmes

Degas reste un homme de son temps : effrayé par une éventuelle émancipation des femmes, il en fait tout de même l'un de ses sujets fétiches. Figer le temps, peut-être? Pourtant, Degas est à des lieux d'une démarche de sacralisation des femmes. Au contraire, il entreprendra tout au long de son œuvre de montrer une certaine "brutalité" voire une animalité dans le corps féminin. Il peindra ainsi des scènes de maisons closes alors que l'évocation même de cette "pratique" restait chose peu courante - dans l'art et dans la vie quotidienne. De la même manière, si l'on peut trouver à ses scènes de ballets une certaine grâce, de petits détails démontrent toutefois du désir de faire voir l'insouciance, de montrer sur les toiles ce que l'art refusait de faire voir, une femme désacralisée, dénudée du costume d'élégance que l'art leur fait habituellement de revêtir. 

Femme sortant du bain. Peu d'élégance ici...





L'étude du geste

Avant même d'être une démarche plus ou moins idéologique, l'intérêt que Degas porte aux nus est anatomique, précis, scientifique. Héritage, sans doute, de Ingres, Degas voue un intérêt particulier aux dessins. Qu'ils soient des "brouillons" pour ses tableaux futurs ou des dessins d'étude, on remarque que ses crayonnés sont bien souvent somptueux. Parfois plus, même, que l’œuvre achevée. Des techniques de dessins que je ne connais pas (puisque je ne suis absolument pas dessinatrice) sont employés par l'artiste pour saisir au plus vite des mouvements précis en recherchant tout d'abord à en comprendre les mécanismes. C'est peut-être de là que vient, aussi, cette passion pour les gestes "insignifiants" et habituellement cachés sous le masque de l'élégance, dans une recherche purement "scientifique" d'illustration des gestes quotidiens, humains.

Ces deux détails de "La classe de danse", montrent bien que le sujet d'étude de Degas n'est pas la grâce des danseuses (à gauche) mais aussi les gestes disgrâcieux dans les coulisses (à droite, la jeune fille se grattant le dos)

Mais Degas souffre de problème de vue qui affectent forcément son travail pictural... Heureusement, la passion de Degas pour l'art n'en faiblit pas. Il trouve une autre manière de créer : la sculpture. Décrit comme "l'art de l'homme aveugle" par Paul Valery, c'est en effet avec la perte de la vision que Degas se penche plus précisément sur la possibilité de prolonger ses tableaux par de petites statuettes.

La sculpture

C'est là que se trouve à mes yeux la plus belle partie de l'exposition. C'est une vraie révélation pour moi : je m'étais imaginée que Degas c'était des scènes de danse à l'opéra et qu'il demeurait surtout connu pour ses peintures. J'ai en fait réalisé que "La petite danseuse de quatorze ans" était tout de même resté l'un de ses grands succès. C'est la seule sculpture qui a été exposée du vivant de Degas. Les autres en étaient restées au stade de création en cire, fragile et éphémère. Retrouvées après sa mort, la plupart de ces créations ont été fondues dans le bronze et sont aujourd'hui exposé dans plusieurs musées dans le monde.

Il y a quelque chose de purement fascinant avec ces sculptures. On voit à quel point le touché a été sollicité pendant la création et on résiste difficilement à tendre la main. Le résultat est d'un réalise assez soufflant et les poses révèlent encore plus de sens en relief que plaquées sur une toile. Le nu est ici à interroger : toute sculpture représente un nu, au final. Même lorsque les drapés sont sculptés, il n'en demeure pas moins qu'ils semblent totalement indissociables de la peau, tant par l'uniformité de la couleur que par la "masse" de la matière. Ces sculptures ont donc parfaitement leur place dans l'exposition sur "le Nu". J'ai la sensation que Degas a saisi l'essence même de la sculpture, que c'est une sorte d'achèvement qui aurait pu voir le jour plus tôt. Rien que pour les quelques oeuvres de bronze exposées, j'ai bien envie d'y retourner. Toute l'expo vaut le coup et reste intéressante mais ces statuettes de danseuses... vraiment, il faut les voir.

Infos pratiques sur l'exposition

Degas et le nu
Du 13 mars au 1er juillet
Musée d'Orsay
Entrée gratuite pour les - de 26 ans - jusqu'à 12 euros pour le tarif plein

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire